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Les NFT, des œuvres virtuelles parfois cotées au-delà du réel


Voilà encore trois mois, Michael Winkelmann, alias Beeple, était ce que le monde de l’art appelle un « nobody ». Malgré ses 2 millions d’abonnés Instagram, il n’avait exposé nulle part et ne figurait dans aucune collection publique ou privée. Frange lissée sur le côté, grosses lunettes rectangulaires et pull col rond de lycéen, ce graphiste de la Caroline du Sud travaillait dans l’ombre de stars de la ­chanson, comme Ariana Grande, Shakira ou Justin Bieber, pour lesquels il réalisait des animations visuelles.

Mais, quand la pandémie a stoppé les concerts et tout le barnum, Beeple a su rebondir… peut-être mieux que ses clients. Le 11 mars, une de ses œuvres s’est vendue chez Christie’s pour la somme faramineuse de 69,3 millions de dollars (58,1 millions d’euros) ! Soit le troisième prix le plus important pour un artiste vivant, après Jeff Koons et David Hockney. A noter, ce détail : l’­heureux acquéreur − le millionnaire indien Vignesh Sundaresan a prétendu l’être, vendredi 19 mars – n’est pas reparti avec une sculpture ou une peinture mais avec un NFT (« non-fungible token »). Autrement dit une ligne de code renvoyant à une œuvre virtuelle dont l’authenticité et la traçabilité sont garanties grâce à la technologie blockchain.

Un NFT de Beeple représentant le milliardaire et entrepreneur Elon Musk

En décembre, déjà, Beeple avait récolté 3,5 millions de dollars avec vingt et un NFT écoulés en un week-end sur la plateforme d’échange Nifty Gateway. « Quand j’ai découvert, en octobre, l’existence des NFT, ça a été le délire », confie Beeple au Art Newspaper. Après avoir hystérisé la finance avec le bitcoin et autres cryptomonnaies, ce système d’enregistrement infalsifiable bouscule le bon vieux marché de l’art, sans parler de l’esthétique.

Les formes, fussent-elles diverses, ont en commun de déstabiliser les historiens d’art les plus ouverts à la nouveauté. Sur des sites dédiés, des acheteurs craquent pour une vidéo du basketteur LeBron James vendue 208 000 dollars par la NBA ou un gif signé Chris Torres du Nyan Cat, un chat volant qui traîne dans son sillage un arc-en-ciel (580 000 dollars).

Selon une étude menée par NonFungible et L’Atelier BNP Paribas, le montant des transactions sur le marché des NFT s’est élevé à 250 millions de dollars en 2020, contre 63 millions en 2019. Aux yeux des nouveaux collectionneurs, ces objets purement immatériels ont l’avantage d’être incontestablement authentiques et uniques, donc potentiellement rares, donc potentiellement… chers.

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